Exposition réalisée en complicité
avec la Galerie Vrais Rêves – Lyon
De l'image à l'objet
Les "objets photographiques" de Marie-France peuvent à
priori être déconcertants, déroutants, pour le regardeur
lambda. Mais, paradoxe, ils peuvent l'être également pour
les photographes...
En effet le travail de cette artiste s'inscrit de façon évidente
dans ce que l'on nomme communément "la photographie plasticienne".
Mais là encore le doute peut s'installer, et un éclairage
peut sembler nécessaire, car l'on se prend parfois à rechercher
où se cache la photographie! Mais où est-elle donc ?
Comme chacun sait, la photographie tente de représenter la réalité,
de façon objective ou subjective, mais quelle que soit la volonté
de l'artiste, le résultat n'est pas, n'est jamais, la réalité.
L'image obtenue est, au mieux, la trace d'une compression, d'un aplatissement
de la réalité. La perspective heureusement est là,
perspective qui permet à notre cerveau de transformer cette illusion
de réalité en ce que l'on pense être une "réalité
palpable". Or rien n'est plus virtuel que cette pseudo réalité
qui se reconstruit instantanément en prenant forme dans nos neurones.
Cette reconstitution mentale est d'ailleurs si présente que l'on
peut, si l'on n’ y prend garde, la confondre avec la réalité...
René Magritte avec "Ceci n'est pas une pipe" a fort bien
énoncé, et de façon radicale, cette distance entre
la réalité et sa représentation. Marie-France Lejeune
avec ses "objets photographiques", en disciple de ce courant
surréaliste (?), entreprend une démarche similaire en la
reliant conceptuellement et matériellement avec le médium
photographique. En effet que celui-ci soit présent ou pas dans
les œuvres -certaines pièces ne contiennent plus d'image-
il y est toujours question de "point de vue unique" spécifique
à l'acte photographique. L'œuvre n'est donc plus, comme chez
Magritte, la représentation picturale d'un objet, mais la création
d'un simili objet ayant perdu toute fonctionnalité pour devenir,
c'est une image, une illusion d'objet. En effet, comble du raffinement,
Marie-France Lejeune renforce l'illusion, se rapproche encore davantage
de l'objet original et fonctionnel, en intégrant dans ses œuvres
les matériaux de base (bois, verre, tissu, etc.) qui le constituent
réellement avec, si cela est nécessaire, une partie de l'objet
sous la forme de sa représentation photographique. |
C'est ainsi qu'à partir de sept chaises photographiées
sous sept différents points de vue Marie-France Lejeune a réalisé
l'œuvre présentée. A partir des images photographiques
obtenues et agrandies à la dimension réelle du référant,
elle démonte les véritables objets, les découpe,
les ré-assemble tel un puzzle pour enfin obtenir sept objets photographiques
sur lesquels il serait difficile de s'asseoir... les chaises étant
devenues des illusions de chaises. Et pourtant à les voir, là,
sur ce mur l'illusion est totale, la perspective réaliste. Ces
chaises nous invitent à nous réunir, en cercle, à
dialoguer sur la notion même de la représentation...
Illusion parfaite aussi pour ces "coffrets", apparemment entrouverts
- toujours l'effet de perspective -, mais tout comme dans la série
des "tiroirs", l'image est là omniprésente. Image
des images mises en réserve, images mises en abîme dans l'image,
elle-même en abîme dans l'objet, l'objet photographique.
Au delà d'un aspect ludique incontestable, Marie-France Lejeune
interroge bel et bien dans ces séries le rapport qu'entretient
la photographie avec elle-même, la réalité, le volume,
l'espace. Or, paradoxe intéressant, si tout s'articule autour de
cette recherche photographique, on constate de visu que la photographie
n'est jamais le but mais bien le moyen. Le moyen de montrer, de démontrer
qu'elle ne parvient jamais qu'à restituer une illusion de réalité.
Mais avec quelle pertinence, quelle force !!
R.Viallon 01/2005
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