Alain HERVEOU

Alain Hervéou vit et travaille à Saint-Etienne (42)
Professeur de photographie depuis 1992
Ex organisateur du Festival "Moment Contemporain" de Saint-Etienne

CHAIR IN NATURABILUS
Femmes, vos corps éveillent en moi des ardeurs d’étreinte, m’invitent à l’ivresse des sens, convient ma gourmandise charnelle, et vous voici là nues et ostensibles en ces tableaux. Pensées vénielles qui m’habitent depuis le plus jeune âge et qui par-delà le temps ne s’éteignent.

Mais comment vous photographier afin de dire ce que vos chairs attisent?
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Par milliers elles squattent les magazines ces filles brunes, blondes, rousses, bronzées, corps plastiques aux mensurations idéales, poitrines silicones, lèvres pulpeuses et regards aguichants à l’appel factice, clichés de la femme objet qui s’affichent aux cabines des routiers marcel, attributs définitifs décorants leurs gros culs. Mythe de la pin-up hors d'atteinte et virtuelle, témoignages d’une virilité éventuelle.
Images photographiques parfaites où la lumière dorée enjolive les chéries dans des décors de plages Malibu, nymphes aux postures provocantes, cadrages où la règle des 1/3 académique fait loi, archétypes modernes dignes d’un workshop “Photos de charme”.

Non, non, non … ces stéréotypes nous éloignent des passions profondes et organiques que stimulent vos féminins appâts.
Ce n’est pas dans ces visuels de vos charnelles enveloppes mises à distance, inaccessibles perfections lisses, que le désir s’anime, que les sens s’émeuvent, que le frisson de vos peaux nous parcourt.

Il est nécessaire de pénétrer vos chairs, d’en remplir le cadre photographique, ranimer le souffle dionysiaque qu’elles inspirent. Tel un silène goulu qui scrute vos anatomies et en cherche la quiddité, je vous polaroide.
Silhouettes anonymes, dévêtues et impudiques placées dans des friches aux décors vieillots, défraîchis, délabrés, aux murs papiers peints fleuris et hors temps sont ici livrées à nos vues via ces photographies. Elles s’y éternisent partiellement cachées par des éléments chimiques, saletés, lignes d’ombre, autant de prétextes, de voiles, de palimpsestes qui achèvent la débauche des images.
Ce pubis au centre du carré monochrome rose/orange ne joue pas comme “l’origine du monde” de Courbet, il se voile pour mieux se convoiter.
“Et sous le voile à peine clôt cette touffe de noir Jésus qui ruisselle dans son berceau…” écrit Léo Ferré.
Foncièrement éloignée d’une iconographie lubrique et triviale empreinte du domaine pornographique la série “Chair in naturalibus” nous engage à un voyage intime, illicite et sibyllin où les fantasmes sont convoqués.
  Alain Hervéou, mai 2005
MINUSCULE DANS L'UNIVERS :
L'HOMME VRAI D'ALAIN HERVÉOU
C'est à un voyage en nous-mêmes que nous invite Alain Hervéou. Pourtant c'est lui, lui et encore lui le photographe qu'il met en scène sur chacune de ses images. Lui, petit, nu, fragile, dérisoire lilliputien errant dans un monde grandeur réelle qui l'écrase souvent, le terrorise parfois, et l'interroge toujours.

Qui suis-je? Où suis-je? Où vais-je? Les questions sont posées. Pour le principe. Car on connaît les réponses. Et de la pomme que croqua Adam à la grande faucheuse, le destin ne nous réserve aucune surprise.

Alors l'artiste sur le coin de la cheminée, l'artiste devant les souvenirs de famille, l'artiste errant sur une table parmi des livres géants, l'artiste en cage ou la tête dans les étoiles, c'est vous, c'est moi, c'est nous. Dans nos rapports avec la mémoire, la connaissance, la méditation.
A ce reflet de notre intimité il fallait une lumière douce. C'est effectivement dans un clairobscur que nous sommes placés. Teintes crépusculaires qu'éclairent ici et là les jaunes passés et les rouges profonds d'une vie qui, si elle n'est pas déjà vécue, peut-être projetée dans le futur selon un immuable scénario. Nos contours n'ont pas le visage lisse de l'arrogance. Assurément le tain du miroir est ancien. Patines et craquelures sont là pour nous rappeler notre éphémère destinée.

On l'aura compris, Alain Hervéou s'il a fait un travail analytique de lui-même - Pris comme être humain type - a également conçu ses photos en véritable compositeur. Il lui faut un scénario. Un rêve. Un imaginaire à mettre en scène. Dès qu'il possède son sujet, il construit son théâtre. Un univers de carton-pâte fait son décor. Ou bien il utilise des objets usuels qu'il ramasse un peu partout. Son environnement est celui d'un brocanteur qui serait aussi un peu maquettiste.

Lorsque l'on fait ce travail, l'on se dit que la main de Dieu, qui sait se montrer implacable, a été clémente pour l'homme en lui envoyant des artistes possédant une telle patte.
Marie-Françoise Blétrix, 1994